N° 104  Mai 2005

 

« Nous sommes en outre ce qu’ils ne sont pas : des révoltés de toutes les heures, des hommes vraiment sans dieu, sans maîtres, sans patrie, les ennemis irréconciliables de tout despotisme, moral ou matériel, individuel et collectif, c'est-à-dire des lois et des dictatures (y compris celle du prolétariat) et les amants passionnés de la culture de soi-même » Fernand Pelloutier - lettre aux anarchistes

 

C’EST NON ! RESOLUMENT NON !

 

Le Secrétaire Général de la CGT a déclaré récemment : « Au lendemain du 29 mai, la situation des travailleurs n’aura pas fondamentalement changé ». On ne peut pas dire plus clairement que le résultat du référendum sur la Constitution est, somme toute, secondaire (ce qui, indiscutablement favorise le vote OUI) et que, par conséquent, il est inutile de se mobiliser contre ce texte liberticide, antidémocratique, antilaïque, qui constitutionnalise l’instauration d’un système corporatiste en accord avec le programme de la C.E.S., dont personne ne peut nier l’orientation sociale-chrétienne, et dont le rôle consiste à faire appliquer la doctrine sociale de l’Eglise, entièrement fondée sur le principe de subsidiarité, antithèse de la démocratie de délégation, et qui intègre le corporatisme comme moyen d’organisation des rapports sociaux.

 

Dans un premier temps, on transforme progressivement les « interlocuteurs sociaux » représentants d’intérêts antagonistes, en « partenaires », puis, dans une autre étape, en associés confondus dans les mêmes instances des « corps intermédiaires », chargés d’exécuter les décisions économiques et sociales des détenteurs du pouvoir.

 

Cette démarche qui est très exactement le contraire de la démocratie politique, qui met fin à l’indépendance de classe de nos organisations, est explicitement programmée dans la Constitution Européenne. Cet objectif de vassalisation du syndicalisme ouvrier par le pouvoir en place est permanent. Le XXème siècle ne manque pas d’exemples en la matière. La dernière tentative d’importance allant dans ce sens en France, fut celle du Général de Gaulle en 1969. J’entends dire que la situation en 2005 est différente : c’est vrai ! Elle est pire § En 1969, la proposition gaulliste réservait aux syndicalistes intégrés dans un seul Sénat transformé, un rôle consultatif, mais à l’époque cela nous a suffit pour qualifier, à juste raison, ce projet de corporatiste, et d’appeler à voter NON.

 

Aujourd’hui, dans cette Union européenne, les « partenaires sociaux » ne seraient pas que « consultatifs » mais bel et bien simples exécutants subsidiaires aux ordres des Etats membres, eux-mêmes prisonniers, car soumis aux décisions de cette Union, dirigée par une commission toute puissante.

 

La simple lecture de l’article III-210, et de son alinéa 4 sur le rôle assigné des partenaires sociaux, et de ceux concernant les attributions de la Commission ne laisse aucun doute à ce sujet.

 

Ne serait-ce que pour cette raison, il ne peut y avoir aucune hésitation, aucun atermoiement, aucun flottement, encore moins de réticence : c’est NON, résolument NON.

 

Ce n’est pas un NON timide, c’est un NON actif, militant, qui fait que chacun d’entre nous doit être – devrait être – mobilisé pour la victoire du NON. Cette action qui est à inclure dans le déroulement de la lutte des classes, qui en est partie intégrante, doit être considérée comme un moment important pour aider à son développement.

 

Démonter partout autour de nous, article par article, cette Constitution, pour en démontrer la logique infernale, est une tâche concernant tous ceux qui restent attachés à la notion de citoyen indépendant, à la liberté de négociation, à la laïcité institutionnelle, à l’indépendance syndicale.

 

Anarcho-syndicalistes, nous sommes donc concernés au premier chef. Nous dresser face à la Contre-Revolution en marche, pour stopper son offensive et contribuer ainsi à la constitution d’un rapport de force favorable à la classe ouvrière, mais aussi aux citoyens qui ne veulent pas jeter 1789 aux orties, est un engagement duquel nous ne pouvons nous abstraire.

 

Bataillant contre toutes les formes d’intégration du syndicalisme, pourfendant la théologie de la subsidiarité, dénonçant le corporatisme, nous faillirions si nous n’étions pas présents aux côtés d’autres camarades pour, ensemble, tout faire afin de gagner cette bataille politique.

 

Joachim Salamero