N° 29 Mars
1996
« Nous
sommes en outre ce qu’ils ne sont pas : des révoltés de toutes les heures,
des hommes vraiment sans dieu, sans maîtres, sans patrie, les ennemis
irréconciliables de tout despotisme, moral ou matériel, individuel et
collectif, c'est-à-dire des lois et des dictatures (y compris celle du
prolétariat) et les amants passionnés de la culture de soi-même » Fernand Pelloutier - lettre aux anarchistes
AARON LUSTIGER entre à l’académie
française
Dans un
savant montage, comme, seuls les pieux rédacteurs du Monde, savent le faire,
l’organe officieux de
En entrée
en matière, Le Monde ne manque pas de souligner que le jeudi 14 Mars :
« Hélène Carrère d’Encausse, historienne, spécialiste de
Et
toujours selon Le Monde, il s’agirait là :
« discrète subversion des
traditions, et même d’un triomphe des « minorités » : une femme, la
troisième à siéger sous la coupole - après Marguerite Yourcenar et Jacqueline
de Romilly - recevait un cardinal, vingtième prélat - de Bossuet et Fénelon à
Daniélou et Tisserand - à être reçu dans une institution créée par un autre
cardinal (Richelieu, en 1635) »
Conformément
à l’usage, il revenait au nouvel élu AARON LUSTIGER, dans le civil, rebaptisé
Jean-Marie à l’occasion de son « baptême », fit l’éloge de son
prédécesseur Albert Decourtray et, afin de bien
marquer ce qu’il est lui-même :
Un homme de Moyen-âge
AARON,
pardon Jean-Marie LUSTIGER cite complaisamment DECOURTRAY :
« Je suis un
petit villageois du Nord. Wattignies où je suis né était alors un gros village.
(...) Il y a cinquante ans, c’était encore le XVIIè,
le XVIIIè siècle ». On ne doutait pas au temps
de mon enfance, de mon adolescence, de mes études, bref, de ma formation. En ce
sens, je suis resté et je reste un homme du Moyen-âge ».
Dès le
départ, le ton est donné et il a, au moins le mérite de la clarté et de montrer
comment l’Eglise Catholique apostolique et romaine sait rester égale à
elle-même et utiliser les services des transfuges d’où qu’ils viennent.
Quoiqu’il en soit, LUSTIGER ne manque pas de rappeler que DECOURTRAY :
« a aimé Charles Péguy, chantre du peuple français, laïc et
chrétien, de son amour si bienveillant et de son goût de la liberté. »
Pour ceux,
qui, comme moi, se souviennent de l’utilisation faite par la propagande de
Vichy de l’illuminé et néanmoins bon « catho » Charles Péguy, on
commence à saisir le sens de la démarche d’un évêque catholique
« d’origine juive ». Notons au passage, que Monseigneur LUSTIGER ne
manque pas de mettre en évidence une citation de son prédécesseur
« Les livres sur
la révolte m’ont toujours laissé un peu indifférent dans la mesure où je
n’étais pas impliqué ».
(1) Le
Monde du 16 Mars 96
On s’en
serait douté !
Enfin, et
toujours au sujet de DECOURTRAY, LUSTIGER note, sans qu’apparemment, cela lui
pose de problème, que tout comme François Mitterrand :
« ...il a
traversé les horreurs de la guerre, « sans les avoir connues », comme
il le dit, ignorant de l’anéantissement des juifs, que son coeur sera brisé,
« épouvanté en les découvrant si tard. »
Mais
laissons là DECOURTRAY, qui, dans le montage du Monde, n’est finalement qu’un
faire valoir de la personnalité infiniment plus complexe d’AARON LUSTIGER.
De ce
point de vue, le discours d’Hélène Carrère d’Encausse est plus significatif. Après avoir observé que :
« Comparée à
l’enfance difficile de fils d’immigré de notre confrère Henri Troyat, dont il
fit le récit dans Aliocha, la vôtre, Monsieur le
Cardinal, fut privilégiée. Mais permettez-moi de m’attarder, un instant encore,
sur les grâces étonnantes dont vous fûtes le bénéficiaire. Votre famille était
juive, Monsieur le Cardinal, un de vos grands-pères était rabbin en Pologne.
Vous n’avez pas été élevé dans la tradition religieuse juive, mais la
conscience d’être juif était forte en vous. »
Séjour en Allemagne nazie
Notons que
parmi les « grâces étonnantes » dont fut bénéficiaire le jeune LUSTIGER qu’il fut reçu en Allemagne
dans l’immédiat avant guerre et que,
comme lui fait observer Mme Carrère d’Encausse :
« Vos familles
d’accueil vous savaient juif. Vous y avez été entouré de discrétion et
d’amitié, même si, lors de votre second séjour en 1937, partageant la vie d’un
enfant membre de
et
rappelé que :
« votre mère fut arrêtée et mourut à Auschwitz. Votre père,
votre soeur et vous-même fûtes condamnés à vous cacher, à errer d’un bout à
l’autre de
mais
que, « nouvelles grâces étonnantes » :
« c’est alors, pourtant que le Christ s’est emparé de
vous »
mais,
que malgré tout :
...« en devenant
chrétien, vous n’avez jamais cessé, Monsieur le Cardinal, d’être juif. »
....« Evoquant
votre conversion, vous récusez fermement l’idée selon laquelle vous auriez
abandonné votre identité juive. »
même
si :
« pour vos parents, il est signe de rupture avec le judaïsme,
donc avec eux et avec vous-même. Et par là, il est inacceptable. »
Comme on
le voit, les choses ne sont pas simples dans l’itinéraire du jeune juif AARON
LUSTIGER :
Reçu sous
le nazisme, pendant l’occupation il fréquente les cathédrales (il est vrai qu’à
l’époque, il était plus prudent de fréquenter les cathédrales que les
synagogues), pour, finalement se retrouver quasiment collaborateur direct du
Pape.
Le peuple élu ...
Mais tout
n’est pas dit et Mme Hélène Carrère d’Encausse ne manque pas de rappeler au nouvel académicien :
« Le Christ,
rappelez-vous, est né à Bethléem, en Judée : et les Rois mages demandaient à
tous : où est le roi des juifs ? Le Christ n’est pas né là, par hasard,
dites-vous ; il ne pouvait être né ni chinois, ni enfant de l’Afrique. Le
Messie n’est le Messie que parce qu’il vient du peuple élu par Dieu.
Ni
Chinois, ni enfant de l’Afrique ? Décidément, le racisme est multiforme et
l’obscurantisme religieux demeure bien vivace. Voilà qu’on nous ressort la
vieille antienne du « peuple élu » qui, rappelons au passage, a servi
d’alibi aux anti-sémites de tous poils et coûté la vie à la propre mère du juif
converti LUSTIGER.
Mais on ne
saurait se définir comme « un homme du Moyen-âge » sans condamner la
renaissance et le siècle des lumières.
C’est la faute à Voltaire
Aaron
LUSTIGER n’y manque pas, mieux, le « permanent » du parti catholique
voit les racines de l’anti-sémitisme dans la « philosophie des
lumières » et Mme Hélène Carrère d’Encausse ne manque pas de le souligner :
« De cette
crise et de l’antisémitisme qui en est le signe visible, vous citez de grands
représentants : Voltaire, Diderot, Hegel. Evoquant l’antisémitisme voltairien,
vous constatez que si, comme Hegel, Voltaire a hérité de la culture chrétienne,
il n’est pas pour autant chrétien. L’un et l’autre ont choisi leur raison
contre la fidélité à l’enseignement du Christ. Pour tant de philosophes des
Lumières, la pure raison rejette la révélation dans le domaine de
l’obscurantisme. C’est ce culte de la seule raison, expliquez-vous, qui est au
coeur de leur intolérance à l’égard du fait juif dans sa puissance de
révélation. »
Tout est
dit : ce n’est pas Isabelle la catholique qui a jeté les juifs hors d’Espagne
et en a fait des convertis de force et a fait des convertis de force des
« marranes ». Ce n’est pas l’inquisition qui a allumé les bûchers sur
lesquels tant de juifs ont péri et qui préfiguraient le « génocide »,
mais : Voltaire, Diderot; Hegel.
Falsificateurs
et réactionnaires, tels sont les hommes et femmes du Moyen-âge qui,
aujourd’hui, nous proposent de remplacer
Alexandre Hébert